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Les Arts trompeurs
Machines, Magie, Médias

Appel à communication : Les mille et un visages de Segundo de Chomon
Truqueur, colloriste, cinématographiste... et pionnier du cinématographe

Animateur, truqueur, cinéaste, superviseur d’effets spéciaux, collaborateur de création, coloriste, inventeur, amateur de danse... Ce colloque se propose donc de mettre en lumière ce « pionnier méconnu du cinéma européen », pour paraphraser Tharrats, en documentant l’œuvre de Chomón par des analyses de films et l’étude de fonds d’archives, dont ceux de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé qui reçoit cet événement les 27-28 novembre 2017.

Segundo de Chomón (1871-1929) est l’un des maîtres incontestés des premiers trucages cinématographiques et sa contribution aux images animées reste également intimement liée aux débuts de leur mise en couleurs. Néanmoins, ce pionnier espagnol est bien plus que cela et l’importance de son œuvre aurait sans doute été mieux étudiée et plus finement évaluée sans l’ombre portée de Georges Méliès. Si Chomón a pu s’inspirer du célèbre pionnier français dans un certain nombre de ses films à trucs, il s’en distingue toutefois clairement par son exploitation magistrale du tour de manivelle, des ombres chinoises et du mouvement inversé. Par ailleurs, il reste, notamment pendant sa carrière parisienne chez Pathé (1904-1909), l’un des rares cinématographistes à avoir réussi le grand saut entre le cinéma monstratif des films à trucs des années 1900 et le cinéma institutionnalisé des années 1910. Les trucages de ses premières scènes à trucs et à transformations deviendront effets spéciaux dans les films narratifs dont il assurera l’exécution avec une parfaite maîtrise, de Cabiria de Giovanni Pastrone en Italie en 1914 à Napoléon d’Abel Gance en France en 1927, en passant par La Poule aux œufs d’or (1905).

Alors que les principales contributions à l’historiographie de Chomón sont dues à des chercheurs espagnols comme Carlos Fernandez Cuenca, Juan Gabriel Tharrats, Agustin Sanchez Vidal et Joan M. Minguet Batllori, une grande partie de son travail s’est effectuée en France, pour le compte de Pathé et offre de nombreuses pistes d’analyse qui n’ont pas encore donné de travaux publiés en français comme en espagnol ou en anglais. Ce colloque propose de revisiter son œuvre à la lumière de sources peu exploitées ou récemment mises au jour. Ainsi, les archives comptables et iconographiques de la Fondation, encore peu étudiées pour le sujet, devraient permettre de préciser des éléments de la carrière française de ce pionnier. Ce sera l’occasion de découvrir ou de revoir des films de Chomón lors de la programmation qui lui sera consacrée entre novembre et décembre 2017 à la Fondation Jérôme Seydoux - Pathé, en partenariat avec des cinémathèques françaises et étrangères.

 

 

Plusieurs aspects de l’œuvre et la carrière de Chomón seront abordés dans le cadre du colloque :

 

La mise en couleurs chez Chomón : les films en couleurs de Chomón conservés montrent un savoir-faire et un souci particulier pour la couleur, que l’on peut voir par exemple dans une copie de Samson et Dalila (Pathé frères, 1902). Quelles étaient les techniques utilisées par Chomón pour obtenir une telle qualité ? Quelles étaient les fonctions de la couleur dans ses différentes fictions ? Les communications pourront aussi aborder ses derniers travaux sur la couleur en collaboration avec la Société Keller-Dorian.

 

Ses techniques de trucages et en particulier le tour de manivelle ou animation image par image : Chomón diversifie très tôt ses techniques de trucages et se sert particulièrement de l’animation image par image, soit en tant qu’attraction comme dans Le Sculpteur moderne (1908), soit comme un élément narratif comme dans Hôtel électrique (1908) ou Le Voleur mystérieux (1908), adaptation très libre de L’Homme invisible de Wells (1897). Le Spectre rouge/Satan s’amuse (1907) regorge ainsi de techniques particulièrement innovantes, de caches aux scènes temporellement inversées, qui exposent la virtuosité et l’étendue de la palette de Chomón. Quelle est donc la place de Chomón parmi les pionniers des trucages cinématographiques ? Quelle forme d’animation utilise-t-il ? Quelles techniques développe-t-il au sein de sa collaboration avec Pathé ?

 

Sa filmographie, ses thèmes-phares, son « style » : après quelques films réalisés au tournant du XXème siècle à Barcelone, il s’installe pendant une dizaine d’années à Paris avant de retourner en Espagne au début des années 1910. Sa carrière oscillera entre l’Espagne, la France et l’Italie et il serait ainsi pertinent d’analyser sa riche filmographie en questionnant ses thèmes de prédilection, ses décors et costumes (comme ceux de La Légende du fantôme, 1908) ou encore la place spécifique qu’occupe la danse dans son oeuvre comme dans La Poule aux oeufs d’or (1905) ou Excursion dans la Lune (1908). Ce dernier exemple est particulièrement intéressant pour analyser la place de l’oeuvre de Georges Méliès dans les films de Chomón, ce dernier proposant des remakes à peine déguisés des films-phares du magicien de Montreuil : Le Voyage dans la Lune de 1902 se transforme en Excursion chez Chomón (1908) ; Le Mélomane de Méliès de 1903 devient avec Chomón En avant la musique (1907). Quel est donc le « style » de Chomón ? Quelles formes narratives et esthétiques peut-on mettre en avant dans ses différentes périodes de réalisation ?

 

Ses différentes collaborations : Chomón a travaillé avec de nombreux pionniers et réalisateurs du cinéma, de Gaston Velle à Giovanni Pastrone en passant par Abel Gance. Ce colloque sera aussi l’occasion de questionner ces collaborations ainsi que les multiples rôles tenus pas Chomón tout au long de sa carrière : de réalisateur à superviseur des effets spéciaux, Chomón a participé à la naissance de différents métiers. Il a aussi collaboré tout au long de sa carrière avec sa femme, Julienne Mathieu, elle-même coloriste et comédienne et ce travail au sein du couple pourra faire l’objet d’une analyse dédiée. Quelles fonctions occupe Chomón ? Comment travaille-t-il avec ses différents partenaires, réalisateurs, techniciens, producteurs ? Quelle est précisément sa biographie que l’on pourrait préciser en essayant de suivre Chomón dans les différentes villes / pays où il a exercé ses talents ?

 

Animateur, truqueur, cinéaste, superviseur d’effets spéciaux, collaborateur de création, coloriste, inventeur, amateur de danse... Ce colloque se propose donc de mettre en lumière ce « pionnier méconnu du cinéma européen », pour paraphraser Tharrats, en documentant l’œuvre de Chomón par des analyses de films et l’étude de fonds d’archives, dont ceux de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé qui reçoit cet événement.

 

 

Bibliographie indicative :

 

Beaudet, Louise, À la recherche de Segundo de Chomón : pionnier du cinéma, Annecy, Les Éditions du lac, 1985.

Fernández Cuenca, Carlos, Segundo de Chomón, maestro de la fantasía y de la técnica (1871-1929), Madrid, Editora Nacional, 1972.

Hamus, Réjane, « Segundo de Chomón », in Thierry Lefebvre (dir.), « Pour une histoire des trucages », 1895, septembre 1999, n° 27, p. 49-60.

McWilliams, Emily, « The Red Spectre: Commentary on Modernity Through Surrealism », Kino: The Western Undergraduate Journal of Film Studies, vol. 3, no 1, 2012.

Mercer, Leigh, « Fear at the hands of technology: The proto-Surrealism of the films of Segundo de Chomón », Studies in Hispanic Cinemas, vol. 4, no 2, 2008, p. 79-90.

Minguet Batllori, Joan M., « Segundo de Chomón y el cine de los orígenes: apuntes para una revisión », Secuencias: revista de historia del cine, no 26, 2007, p. 53-65.

Minguet Batllori, Joan M., « Segundo de Chomón and the fascination for colour », Film History, vol. 21, 2009, p. 94-103.

Nosenzo, Simona, Manuale tecnico per visionari. Segundo de Chomón in Italia 1912-1925, Turin, Fert Rights, « Appunti », 2007.

Sanchez Vidal, Agustin, « Segundo de Chomón : Compas de espera para un turolense universal », Artigrama, no 2, 1985.

Tharrats, Juan Gabriel, Inolvidable Chomón, Filmoteca regional de Murcia, 1990.

Tharrats, Juan-Gabriel, Segundo de Chomón : un pionnier méconnu du cinéma européen, Paris, L’Harmattan, 2009, traduction partielle de Los 500 films de Segundo de Chomón, Zaragoza, Prensas Universitarias de Zaragoza, 1988.

 

Informations:

Ce colloque est organisé par l’université Evry -Val d’Essonne (Centre Pierre Naville) et la Fondation Jérôme Seydoux - Pathé, sous la direction de Réjane Hamus-Vallée et Jacques Malthête, en partenariat avec le programme de recherche « Les arts trompeurs. Machines, Magie, Médias » (2015- 2018) dont les travaux portent notamment sur l’étude de machineries qui s’appliquent à dérégler les sens et sur l’analyse des relations intermédiales entre magie et technologie.

 

Il se tiendra à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, 73 avenue des Gobelins, 75013 Paris, les 27 et 28 novembre 2017.

 

Les propositions de communication, en français ou en anglais, d’une longueur maximum de 2 000 signes, accompagnées d’une bio-bibliographie, seront à envoyer pour le 30 avril 2017 à l’adresse mail : colloque@fondationpathe.com

 

Les communications seront en français ou en anglais.

Les communicants seront prévenus de l’acception de leur proposition pour le 30 mai 2017.