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Colloque Magie et philosophie
Programme complet

24-25 novembre 2016

ENS Louis Lumière

Sur inscription

Dans la conférence « Science, magie et philosophie », Eric Weil, refusant de reléguer la magie dans le passé, soutient que « non seulement, la magie n’a pas disparu de notre monde ; au contraire, elle y joue un rôle d’une force déterminante ». Ceci est également vrai de toutes les époques où magie et philosophie ont coexisté sur les scènes de la pensée. En apparence, l’affaire semble entendue : la philosophie, depuis le logos grec, n’a cessé de dissiper, par le gouvernement de la raison, les pratiques magiques comme archaïques et fumeuses. Si, comme Henri Bergson le note à l’autre bout de l’histoire de la philosophie (Les Deux Sources de la morale et de la religion), la magie est aussi indissociable de la condition humaine, elle n’est jamais une connaissance, seulement une rébellion de l’homme contre le tarissement de son désir ritualisant des émotions violentes par des pratiques tolérées. Nous désirons suivre ici la piste antipodale : celle, non seulement d’une rationalité des pratiques magiques, mais aussi d’un nœud interparadigmatique entre philosophie et magie – les magies (car elle sont plurielles) –, la première empruntant certaines de ses procédures heuristiques ou méthodologiques à l’épistémè de la seconde, et dans l’idée qu’un phénomène inverse, un effet de retour, de la philosophie vers la magie, soit également tout à fait envisageable. Le Moyen Âge et la Renaissance en sont des territoires privilégiés. Mais une interaction symbiotique entre philosophie et magie – et aussi science et magie, art et magie – ne saurait concerner que ce passé plus ou moins lointain, et ce sont aussi des actualités de la magie pour la pensée qu’il faudra questionner.

Programme

Session 1 : Magie, rhétorique et logos

Modérateur : Jean-Michel Durafour

Jean-Michel Durafour (maître de conférences, université Paris-Est Marne-la-vallée/LISAA) : 

 

« Introduction et présentation du colloque »

Davide Grossi (docteur en métaphysique, chercheur associé, Istituto Italiano per gli Studi Storici, Naples) : 

 

« Psychagogein : magie et rhétorique entre les âges anciens et modernes. De Gorgias à Vico »

 

Le mot psychagogein fut d’abord utilisé par les anciens Grecs pour désigner le rituel magique d’invocation des morts ; dans Alceste d’Euripide, il est également employé pour désigner un mage qui a la capacité de ressusciter les morts. On retrouve ce terme chez Isocrate, Plutarque, Lucien de Samosate et Platon qui l’utilisent pour définir l’art sophiste. Dans Phèdre, Platon définit la rhétorique comme la psychagogia agissant par les mots. Cette intuition significative mettant en relation magie et rhétorique renvoie à L’Eloge d’Hélène de Gorgias qui montre les vertus magiques du discours. Cette idée faisant de la rhétorique une forme de magie fut ensuite développée dans la pensée moderne italienne avec des auteurs tels que Bruno et Vico. Ces philosophes ont à nouveau essayé d’ériger l’art de la persuasion en philosophie, l’envisageant comme le meilleur moyen de transformer la nature des hommes, ou, en d’autres termes, en en faisant la connaissance elle-même.

Libera Pisano (docteur en philosophie théorétique, Maimonides Centre for Advanced Studies, université de Hambourg) : 

 

« Rituels magiques et jeux linguistiques. Les remarques de Wittgenstein sur le Rameau d’or de Frazer »

 

Dans cette communication, je tenterai de démontrer comment l’intérêt de Wittgenstein pour Frazer peut uniquement être compris comme la connexion selon lui entre la notion de magie chez Frazer et des questions philosophiques centrales portant sur le langage et la réalité. Dans Le Rameau d’or, Frazer présente un modèle comparatif et évolutif de la magie et de la religion dans les cultures« primitives » pour tenter de déterminer des archétypes de la pensée. Les Remarques sur le Rameau d’or de Frazer de Wittgenstein furent publiées en 1967 et ont, depuis, pris une place de considérable importance ; en fait, plusieurs commentateurs définirent la place de Frazer en tant que théorie expressiviste de la religion selon laquelle magie religieuse et pratiques rituelles expriment simplement les émotions ou des considérations sur la condition humaine. Si Frazer soutient que les activités magiques et religieuses sont fondées sur l’inexactitude, et que la pratique rituelle est le prototype de la science, Wittgenstein rejette quant à lui cette comparaison, car le langage de la science et celui de la magie constituent deux schémas linguistiques différents. Afin d’appréhender le domaine propre à la magie et sa connexion au langage, le rôle des coutumes, la possibilité de l’erreur et la grammaire spécifique des attributs symboliques seront analysés en détails.

Bill Rebiger (chercheur associé, Maimonides Centre for Advanced Studies, université de Hambourg) : 

 

« Savoir magique et approche pragmatique dans la magie juive médiévale »

 

En général, la logique magique est conditionnée à la clause selon laquelle « si l’on connaît et pratique correctement la magie, alors l’objectif désiré est atteint ». Cependant, cette garantie de réussite est mise en doute, y compris au sein des partisans d’une conception magique du monde, lorsque l’objectif du tour de magie est manqué. Ainsi, l’échec est-il un probléme essentiel en magie. La question sera alors de savoir si la défaillance provient de la connaissance de la magie ou de la réalisation du tour. L’exposé envisagera des exemples variés de manuels de magie juifs issus du Moyen Age et traitant de la tension entre, d’une part, la présumée coercition du savoir magique garantissant un résultat précis, et, d’autre part, une approche pragmatique reposant sur l’exercice et l’erreur.

Michele Fiorillo (doctorant en philosophie, Scuola Normale Superiore, Pise) : 

 

« La pensée magique. L’origine oubliée de la rationalité »

 

Dans la pensée renaissante, traditionnellement présentée comme le point de départ de l’époque moderne, un fort courtant de « pensée magique » persiste. C’est patent chez Giordano Bruno, comme dans le cas moins connu de l’écrivain Luigi Pulci, qui fut aussi accusé d’hérésie. Antonio Gramsci faut sur ce point une remarque intéressante quand il considère la possibilité que la magie et le spiritisme de l’hérésie de Pulci ont été nécessairement une première forme d’immanence en réaction à la transcendance catholique. La magie est-elle donc quelque chose comme – en opposition au système religieux – qui puisse paradoxalement conduire à la rationalité « contemporaine » ? L’ethnologue Ernesto De Martino a développé les idées de Gramsci sur le « folklore » et sur la permanence de la forme magique de pensée dans les classes inférieures comme des formes de résistance au pouvoir hégémonique (religieux) de domination sociale. Lévi-Strauss développe, en parallèle, une théorie de la « pensée sauvage » comme la première forme de rationalité. De plus, déjà Giambattista Vico – tout autant que Rousseau dans l’Essai sur l’origine des langues – a vu dans la « logica poetica » mythique l’origine de la pensée humaine.

Emma Abate (docteure en Langues, Littératures et Civilisation Juives et en Sciences Religieuses, EPHE-SAPRAT, Paris) : 

 

« La fabrication du Golem dans les textes médiévaux ashkénazes et les sources mystiques et lexicographiques »

 

Ma contribution a pour but d’explorer certaines des voies grâce auxquelles la tradition magique juive de la fabrication du Golem fut transmise par les textes médiévaux juifs français et allemands. Dans un premier temps, j’envisagerai les différentes phases de l’exécution de la performance, et cela en questionnant le rituel tel qu’il est consigné dans des manuscrits s’ancrant dans le contexte piétiste Ashkénaze, gravitant autour du talmudiste et mystique Eléazar de Worms (1176-1238). Dans un second temps, je comparerai des variantes substantielles de cette pratique et leurs implications telles qu’elles sont indiquées dans des textes médiévaux français et allemands, sans lien avec les sources Hassidei Ashkénaze. Enfin, en examinant des documents contemporains relatifs aux traditions du Golem et appartenant à la littérature exégétique et lexicographique, je prendrai en compte différentes interprétations du texte du Golem se situant au-delà de la perspective mystique.

Naïs Virenque (doctorante contractuelle Centre d’études supérieures de la Renaissance, université François-Rabelais, Tours ; ATER, université Jean-Moulin Lyon 3) : 

 

« L’arborescence comme schéma heuristique : méthodologie d’un art de la mémoire dans la magie et la philosophie du Moyen Âge et du début de la Renaissance »

 

Au Ier siècle avant J.-C., l’auteur de la Rhetorica ad Herennium distingue, comme le veut la tradition rhétorique classique, deux types de mémoire : la mémoire naturelle et la mémoire artificielle. Le second type de mémoire doit « prendre appui sur des emplacements et des images ». Par « emplacement », l’auteur désigne « des réalisations de la nature ou de l’homme, occupant un espace limité, faisant un tout, se distinguant des autres, telles que la mémoire naturelle peut aisément les saisir et les embrasser ». Au Moyen Âge et à la Renaissance, l’image de l’arbre et le schéma arborescent, sont utilisés comme outils mnémotechniques : ils permettent d’organiser et de classifier une matière et deviennent des moyens propres à ordonner graduellement la connaissance. Or, au cœur de querelles entre philosophes et supposés mages, l’art de la mémoire jouit non seulement d’une fortune rhétorique et propédeutique, mais aussi de qualités heuristiques : promu par certains comme méthode universelle d’accès au divin et de compréhension du monde, dénigré par d’autres comme pratique occulte et ésotérique, il se donne à lire comme l’expression d’un secret révélé. La communication se propose d’étudier l’arborescence comme schéma heuristique au sein de l’art de la mémoire au Moyen Âge et au début de la Renaissance.

Laetitia Marcucci (docteure en philosophie, ATER, université Aix-Marseille) : 

 

« Savoirs magiques et philosophie dans les compendia de médecine astrologique à la Renaissance : l’éclairage épistémique du traité de Jean d’Indagine (1522) » 

 

Les compendia d’astrologie médicale de la Renaissance réunissent des savoirs magiques variés. Dans quelle mesure peut-on parler de pollinisation des approches magiques et philosophiques dans ce corpus encore largement inexploré ? De quelle manière s’y déploient et s’y intriquent les modes de rationalité ? En s’appuyant sur une méthode à la fois historique et conceptuelle, on examinera le cas à la fois singulier et paradigmatique du traité unique de Jean d’Indagine (1522), l’un des traités de chiromancie, astrologie et physiognomonie les plus lus de la Renaissance, qui mêle savoirs magiques et connaissance de l’homme, sur fond de néoplatonisme.

Giacomo Petrarca (docteur en philosophie, post-doctorant, Haifa Center for German and European Studies) :

 

« Les abeilles comme paradigme de latence. D’Aristote à Rudolf Steiner. Entre magie et ontologie »

 

Habituellement nous considérons le complexe et magique univers des abeilles comme un monde dualiste, gouverné par la rigide opposition entre l’intérieur et l’extérieur, l’interne et l’externe. L’intérêt profond qu’a toujours exprimé la philosophie à l’égard des abeilles et de leur activité nous aide à comprendre l’inexactitude de ce paradigme dualiste. Depuis Aristote, l’intérêt du milieu philosophique pour les abeilles a été constant et dédié à la découverte d’un mystère caché : celui de l’origine de l’existence terrestre et – simultanément – divine des abeilles.

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Session 3 : Magie, mystique et métaphysique

Modératrice : Sylwia Frach

Thibaut Gress (agrégé et docteur en philosophie, directeur de collection aux éditions Ellipses) : 

« Le philosophal rendu philosophique : approche des sédiments alchimiques dans le système hégélien »

 

L’examen des textes hégéliens révèle une structure qui rappelle bien des topoi hermétiques : le passage progressif de l’Orient à l’Occident, la conciliation dialectique des contraires que Hegel nomme réconciliation, ou encore l’usage d’un lexique alchimique à des moments charnières des articulations de sa pensée. Nous tâcherons d’en élucider le sens et de montrer comment le philosophal est réinvesti d’un sens philosophique dans le système hégélien.

Christian Breuer (docteur en études culturelles, traducteur et musicien) : 

« The Evil Eye as Gaze of Desire »

 

Qu’est ce qui transforme le regard en transmetteur paradigmatique de l’envie, des maladies et maléfices de toutes sortes? Pourquoi donc le regard est-il si sensible à tout ce qui est inquiétant ou réprimé? Voici certaines des questions que cette conférence soulèvera, dressant ainsi une courte histoire culturelle et théorique de l’œil, mauvais ou désireux, à l’exception de la Grèce antique et Rome. Nos compagnons de route dans ce voyage seront la recherche ethnologique du 19ème siècle et du 20ème siècle (Elworthy, Seligmann, Pitrè, de Martino, Hauschild), la psychanalyse de Freud et Lacan, les philosophes Sartre, Merleau-Ponty et Žižek, et, par-dessus tout, les œuvres littéraires de Hoffmann, Poe, Gautier, Bataille, Beckett, Pirandello, Svevo et Pavese, qui traitent explicitement du mauvais œil ou des phénomènes mystérieux liés au regard, en général. Le mauvais œil est plus qu’une simple superstition. Au-delà d’une pensée magique, les phénomènes variés inhérents au regard peuvent plutôt s’inscrire dans un discours rationnel. Notre point de départ et de repère sera le concept de mauvais oeil, qui sera envisagé dans le contexte du mezzogiorno (Italie du Sud), à partir d’une perspective phénoménologique, herméneutique et psycho-analytique (mallochio, jettatura).

Cristina Basili (docteure en sciences humaines, université Carlos III de Madrid) : 

« Le trésor vivant. Kabbale et philosophie dans la correspondance entre Leo Strauss et Gershom Scholem »

 

Selon Massimo Donà, il n’est pas possible de considérer la magie comme quelque chose de séparé de la philosophie et de contraire à l’entreprise moderne d’une compréhension rationnelle et scientifique du monde. La magie, ainsi que la mystique, est une forme de recherche et d’expérience de la réalité analogue à celle, philosophique, qui nous rappelle l’origine irrationnelle de toute connaissance rationnelle. Si on applique cette idée à la correspondance entre Leo Strauss et Gershom Scholem, on peut y trouver de quoi renouveler le dialogue entre rationalité et irrationalité, entre philosophie et mystique. Strauss et Scholem font partie de ce milieu de penseurs juifs allemands qui ont reçu leur formation intellectuelle pendant les difficiles années de l’entre-deux-guerres et ils se sont tous les deux confrontés à la crise de l’humanisme. En pensant un problème d’anthropologie philosophique – la condition de l’homme moderne – ils se sont tournés, l’un vers la philosophie, l’autre vers le judaïsme mystique de la Kabbale. On voudrait montrer comment à partir d’un désaccord qui porte sur le statut de la rationalité, on peut signaler les limites d’une philosophie sans irrationalité et d’une mystique sans rationalité.

Massimo Donà (professeur de philosophie théorétique, université Vita-Salute San Raffaele, Milan) : 

 

« Le fondement magique du monde »

 

À travers cette contribution, je tenterai de démontrer comment la magie constitue le fondement nécessaire et préalable à la (supposée) rationalité. Afin de faire la lumière sur la relation complexe entre logique et analogie, science et magie, nous articulerons le débat autour du texte le plus important de la Renaissance italienne que nous examinerons en allant au-delà de la méthode scientifique, et selon une rigoureuse approche métaphysique.

Abel Franco (professeur associé de philosophie, California State University) : 

 

« Charles Le brun (1619-90) ou la rencontre amicale dans la peinture du cartésianisme, du mécanisme et de la magie naturelle »

 

La Conférence sur la physiognomie (1671) de Charles Le Brun (1619-90) a inscrit sa célèbre Conférence sur l’expression générale et particulière (1668) dans une réflexion et un contexte plus vastes. Alors qu’en 1668 il proposait une méthode – d’après Le Traité des passions de l’âme (1649) de Descartes – sur la manière de peindre correctement l’expression des émotions, en 1671, Le Brun s’évertua à proposer une méthode pour peindre le caractère moral, c’est à dire, pour saisir la vertu humaine (et le vice). En agissant ainsi, Le Brun intégra à la supposée scientificité de sa méthode, deux composantes qui, jusqu’alors, demeuraient hors d’atteinte de la théorie et de la pratique artistique – nos émotions et notre nature morale –, il rassembla également la science nouvelle (moderne), fondée sur le mécanisme, et la science très ancienne de la nature de l’âme – celle que Della Porta nomma « l’art » de « la magie naturelle ».

Olga Kataeva (doctorante en études cinématographiques et chargée de cours, Université Sorbonne Nouvelle Paris 3/LIRA) :

 

« La magie de l’art. Le processus de la création en tant que phénomène médiumnique dans l’œuvre de S.M. Eisenstein » 

 

Un axe important de la réflexion théorique et méthodologique du cinéaste soviétique Sergueï M. Eisenstein porte sur le syncrétisme des pratiques magiques des peuples primitifs. Ainsi une place très importante est consacrée dans sa bibliothèque personnelle aux disciplines « non scientifiques » : l’occultisme, la magie, l’alchimie, la chiromancie. Il a notamment consacré du temps à mener des recherches sur le processus de la création artistique en l’abordant sous l’angle des pratiques médiumniques. De son point de vue, l’artiste doit accéder à l’état extatique pour pouvoir extérioriser le rythme de l’image globale, née dans son esprit. Eisenstein commence à s’intéresser aux « sources premières de la “magie de l’art” » (« Comment je suis devenu réalisateur »),  en 1920, quand il est admis à la Rose-Croix à Minsk. Il a donc l’occasion de participer régulièrement aux séances de spiritisme, d’étudier la littérature occulte et d’observer les effets des stupéfiants sur la conscience, nécessaires aux rosicruciens pour accéder à une dimension « astrale ». Ces thèmes de recherche se croisent dans son travail sur le film Ivan le Terrible. En me fondant sur l’analyse de textes théoriques et de dessins préparatoires d’Eisenstein, ainsi que sur les photogrammes et le montage, je proposerai une étude des passages entre la symbolique du culte orthodoxe et la symbolique des pratiques occultes dans l’image de ce film.

Olivier Schefer (maître de conférences HDR en sciences de l’art, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : 

 

« Magie, alchimie et cinéma. Le cas Jürgen Reble »

 

Cette communication se propose de relire l’entreprise tout à la fois matiériste et onirique du cinéaste allemand contemporain, Jürgen Reble, à la lumière de l’idéal-réalisme de Novalis. En intervenant mécaniquement et chimiquement sur le support analogique, à partir de séquences issues de found-footages, Reble revisite, plus particulièrement, l’imaginaire alchimique de la Naturphilosophie romantique. Il s’agira notamment d’interroger le principe chimique et fictionnel de la dissolution des corps dans ce type de cinéma.

Christian Kassung (professeur en histoire des savoirs et des techniques, Institute for Cultural Studies, université Humboldt de Berlin) : 

 

« Magie, technologie et la question du soi »

 

Cetteintervention portera sur le transducteur comme appareil médiatisant l’homme et la machine. En termes techniques, un transducteur convertit une forme d’énergie en une autre : le moteur nous permet de conduite la voiture par la combustion du pétrole, et la radio produit des ondes électromagnétiques audibles comme sons. Cela étant, bien que l’histoire de ces technologies transductrices et des techniques culturelles remonte loin dans les anciens âges, le concept d’énergie comme quantité conservée est relativement récent et toujours pas complètement compris. Avec la transduction les frontières entres savoir scientifiques et savoirs non hégémoniques sont en jeu, ainsi que je l’aborderai à partir de quelques exemples spécifiques.

Simone Guidi (docteur en philosophie, lecteur en esthétique, NABA-New Fine Arts Academy, Milan) : 

 

« Possibilité ou virtualité. Magie, technologie et ontologie de la transformation »

 

La magie est structurellement connectée à la transformation et à sa prévisibilité, de sorte que le champ de sa signification historique résulte de l’ontologie au sein de laquelle elle est pensée. Employant une distinction proposée par Henry Bergson, puis développée par Gilles Deleuze et Pierre Lévy, nous pouvons aborder la magie selon deux paradigmes ontologiques du devenir opposés : possibilité et virtualité. Selon Bergson, le concept de possibilité est lié à une ontologie déterministe qui a considéré la transformation comme une transition allant d’un acte déterminé vers une puissance pleinement déterminée, et, partant de cela, vers un nouvel acte déterminé. A l’inverse, la virtualité exprime la condition ontologique de ce qui est toujours nouveau, toujours – également – indéterminé. Un récit ontologique de l’indétermination permet de penser la transformation comme une partie constitutive d’un être jamais pleinement déterminé, plutôt que comme un état d’une réalité substantielle. La perspective d’une philosophie complète de la virtualité semble permettre à la magie de devenir une partie de l’ontologie, à condition de rompre son identification avec la technologie. Mais cet aspect de la magie a-t-il même été pensé par la philosophie occidentale ? Le concept de magie lui-même peut-il résister à ce bouleversement philosophique soudain ? Notre réponse traitera plutôt de la notion de « paranormal ».

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