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La Cinémathèque française : "Trucs et illusions : quand la magie rencontre le cinéma"
L'ouvrage Magic, aux édition Taschen, rentre dans les collections de la Cinémathèque française

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Sur son site internet, la Cinémathèque française propose quelques documents qui tissent le lien entre cinéma et magie, à l'occasion de l'entrée dans ses collections de l'ouvrage Magic de Noel Daniel (2009). Nous reproduisons ici le texte de la page internet en question, mais vous pouvez retrouver l'original ici

La magie et le cinéma se sont rencontrés par leur pouvoir commun d’animer les choses, de mettre les êtres et le monde en mouvement. La magie conçoit ce qui n’est pas là et le cinéma sait fabriquer des images que l’on croit présentes. C’est une rencontre de la science et du divertissement, de l’ingéniosité mécanique et de la virtuosité manuelle, de la volonté de produire des images et celle de fabriquer des illusions multiples et complexes. Aussi, le cinéma a immédiatement assuré la permanence de la magie parce que des cinéastes ont eux-mêmes conçu les effets d’images comme les magiciens concevaient les effets de leurs manipulations.

 

Une tradition de spectacles proposée notamment par les illusionnistes précède la venue du cinéma. En effet, l’archéologie des techniques cinématographiques inclut, en grande partie, les pratiques de la magie et de l’illusionnisme. Le ‘théâtre d’ombre’2, la ‘lanterne magique’, et le courant ‘fantasmagorique’ seront des pratiques déterminantes en projetant sur une toile des silhouettes à l’aide d’une source lumineuse. Par la suite les magiciens de scène adopteront le cinéma comme une nouvelle technique de prestidigitation, qui, au XIXe siècle, remplacera la dextérité manuelle.

 

La lanterne magique et la Fantasmagorie 

 

La «lanterne magique»3, qui apparaît au XVIIe siècle, est un appareil optique dit à objectif. Il permet la projection amplifiée, sur écran, d'images peintes sur verre qui sert à faire voir différents spectres et monstres de façon que ceux qui n’en savent pas le secret croient que cela se fait par art magique. Pour que la magie s'opère, les lanternistes éteignent et rallument les lampes des lanternes superposées, font glisser les plaques les unes après les autres, tournent les manivelles. Autant de gestes de ‘prestidigitateurs’, précis, calculés, chronométrés, au service d'un spectacle parfaitement réglé. Par la suite un genre nouveau de spectacle fait son apparition à Paris au XVIIIe siècle: la «fantasmagorie». Désormais l’appareil de projection recule ou avance sur des rails, ce qui permet d'obtenir, grâce à un objectif spécial, des images de grandeur variable et évolutive. Les visions projetées avancent en grossissant ou s’éloignent en rapetissant. D’où cette impression de jaillissement des personnages du fond de la salle et de disparition subite. 

A la fin du XIXe siècle l’introduction sur la scène de théâtre de miroirs et de verres pivotants renouvelle l’esthétique des fantasmagories : «les spectres vivants». Cette technique d’illusion permet de faire croire que des objets ou des acteurs apparaissent, disparaissent ou deviennent transparents de façon fantomatique. Chacun possède sa fantasmagorie, à commencer par le magicien-lanterniste Henri Robin4. Il inaugure à Paris, boulevard du Temple, en décembre 1862, une petite salle consacrée exclusivement à la magie, aux expériences de physique amusante et aux projections lumineuses. Le magicien Jean Eugène Robert-Houdin5 appliquera lui aussi ce «trucage» des spectres vivants.                                                                                                                                                   

Les magiciens et le cinématographe

Dès le début de l’année 1896, les prestidigitateurs s’emparent du ‘Cinématographe’6-7. Dans beaucoup de pays, on connaît cet appareil à travers «les spectacles de music-hall». Le théâtre Robert-Houdin à Paris et l’Egyptian Hall à Londres, les plus fameux théâtres de cette spécialité, inscrivent très tôt à l’affiche les «vues animées». Si le 28 décembre 1895, le Cinématographe Lumière est présenté avec succès à Paris, au Grand Café, ce fut le prestidigitateur, Félicien Trewey8, spécialiste de l’ombromanie et ami d’Antoine Lumière, qui organisa à Londres la première projection du Cinématographe le 20 février 1896 au Malborough Hall de Londres. Le Cinématographe Lumière, qui a servi aux projections londoniennes, a longtemps été conservé par un autre magicien, Charles de Vere.9

Il est de mode aussi chez les prestidigitateurs de se filmer dans leurs principaux tours. Cette tradition est surtout illustrée par Harry Houdini (1874-1926)10, magicien professionnel, qui fut vivement intéressé par l'utilisation du cinématographe. Il avait aussitôt entrevu que ce nouvel art, en plein essor, lui offrait une chance inespérée de conserver  quelques-uns de ses exploits les plus spectaculaires pour la postérité.

 

Quand Georges Méliès passe derrière la caméra - il achète sa première caméra à Londres en 1896 -, la magie et le cinéma se rejoignent automatiquement. Méliès a recours à de nombreux "trucs" empruntés directement au monde du théâtre et de l'illusionnisme. Il va concevoir ses films à trucs, comme de véritables numéros de scène pour son théâtre Robert-Houdin11, où ils seront régulièrement projetés: l'un de ses trucs les plus originaux est celui de ‘L'Homme à la tête de caoutchouc’ (1901), où son crâne, posé sur une table, enfle démesurément jusqu'à exploser. Comme l'expliquent Maurice Bessy et Lo Duca dans leur livre "Georges Méliès, Mage"12, le cinéaste obtint cet effet remarquable en effectuant un travelling avant très précis sur sa tête (qui occupait ainsi de plus en plus de place sur la pellicule, et donc semblait grossir), puis en incrustant l'image obtenue dans le reste de la scène par un système classique de surimpression.

 

L’esprit magique de Georges Méliès et de ses collègues illusionnistes a marqué profondément et durablement l’art cinématographique. Par la suite de nombreux réalisateurs ont joué avec les images, les trucages13-15, pour créer l'illusion et envoûter les spectateurs. Magie et cinéma n'allaient plus se quitter.

   

   ►Bibliographie sélective

1  Magic (1400s-1950s) by Noel Daniel (Ed.) – Taschen, 2009 (Coll. CF - Réserve)

2  Les théâtres d'ombres chinoises par le prestidigitateur Alber - E. Mazo éditeur, [1896] (Coll. CF – HL)

3  The art of projection and complete magic lantern manual by an expert - E.A. Beckett publ., 1893 (Coll. CF – Réserve)

4  Trucs et décors par Georges Moynet - A la librairie illustrée, 1893 (Coll. CF – GS)

5   Robert-Houdin: memoirs by Jean Eugène Robert-Houdin - Carl W. Jones publ. 1944 (Coll. CF – HL)

6   La projection au XXe siècle par le prestidigitateur Alber - E. Mazo éditeur, 1904 (Coll. CF – GS)

7   Trucs et illusions par E. Kress - Cinéma-Revue, 1912   (Coll. CF – HL)

8    How it is done [Shadowgraphy] par Trewey - Jordison & Co., 1894 (Coll. CF - Fonds Will Day)

9    La Maison De Vere, Paris: magie, optique, électricité, mécanique, s.d. (Coll. CF – Fonds Will Day)

10   Houdini, le maître du mystère. In: ‘Le Courrier cinématographique’, n°4, 24 janvier 1920 (Coll. CF – Réserve)

11   Le théâtre Robert-Houdin à la ''Belle époque'' (1879-1914) par Marcel Laureau - Impr. Moderne, 1948 (Coll. CF – HL)

12   Georges Méliès, mage par Maurice Bessy et Lo Duca - J.-J. Pauvert, 1961(Coll. CF – Réserve)

13   Moving pictures: how they are made and worked - Frederick A. Talbot - W.Heinemann publ., 1912 (Coll. CF –GS)

14   Le truquage au cinéma. In : 'Sciences et voyages', n° 51, 19 août 1920 (Coll. CF – Réserve)

15   Le truquage au cinéma par Guido Seeber - Idhec, 1945 (Coll. CF – Réserve)

 ► Articles en ligne

- Magie et cinéma par Sébastien Bazou http://www.artefake.com/magie -et-cinema.html

- Trucs et illusions au cinéma par Emile Kress http://www.artefake.com/trucs-et-illusions-au-cinema.html

 ► Zoom sur des objets des collections de la Cinémathèque française :

 Un dessin de Georges Méliès pour L'Homme à la tête en caoutchouc (© CF – 2011)

 ►DVD disponibles à la vidéothèque

- Robert-Houdin, une vie de magicien - Jean-Luc Muller - 1995 (DVD 1201)
- Le cinémagicien, Georges Méliès - Barbara J. Toennies - 2010 (DVD 4967 : supplément du film "Hugo Cabret")
- Georges Méliès, le premier magicien du cinéma (DVD 5436)

 

Plus d'informations sur le site internet de la Cinémathèque française

Commentaires

la bibliographie

Dans cette bibliographie, pouvez-vous ajouter le livre que j'ai publié en 2008 : CINÉMA ET MAGIE, éditions Armand Colin. Merci !
Cher Maxime, Votre ouvrage a bien été ajouté à la bibliographie générale qui apparaîtra sur le site internet d'ici peu ! Bien à vous

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