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Les Arts trompeurs
Machines, Magie, Médias

Parution : Proust au temps du cinématographe : un écrivain face aux médias

Sous la direction de Thomas Carrier-Lafleur et Jean-Pierre Sirois-Trahan, avec la collaboration de Guillaume Lavoie.

Contributeurs : Alain Carou, Thomas Carrier-Lafleur, Patrick Désile, Frank Kessler, Guillaume Lavoie, Robert Lévesque, Giusy Pisano, Jean-Pierre Sirois-Trahan et Stéphane Tralongo.

Pièces jointes

Sommaire du numéro :


Jean-Pierre Sirois-Trahan, « Un spectre passa... Marcel Proust retrouvé »

Dans un film de la famille Greffulhe daté de 1904, réalisé à l’occasion du mariage d’Armand de Guiche, un ami cher à Marcel Proust, et d’Elaine Greffulhe, la fille du comte Henry Greffulhe, on nous fait admirer l’aristocratie du faubourg Saint-Germain. Nous sommes dans le monde des Guermantes, univers fait d’apparat et de richesse. Un homme, à l’accoutrement original, dévale le tapis rouge. Ce texte tente de démontrer que ce spectre ne serait autre que Proust et qu’il s’agirait du premier film dans lequel on le voit apparaître.

 

 

Patrick Désile, « Figures, figurants, figurines »

À partir d’une confrontation entre le diorama La Grande Semaine – représentation, par les dessinateurs Sem et Roubille, des personnalités du Tout-Paris sous forme de figurines, dont l’exposition se conclut en 1910 par une conférence de Robert de Montesquiou – et À la recherche du temps perdu, ce texte révèle la présence, dans l’œuvre de Proust, d’une part d’une culture ordinaire de l’effigie (caricatures, statuettes, découpures, marionnettes, théâtre d’ombres) et d’autre part du dispositif panoramique.

 

Giusy Pisano, « À l’écoute de À la recherche du temps perdu. Bruits, sons et voix dans le roman proustien »

Les références très importantes à la peinture, à la photographie, aux boîtes d’optique et aux spectacles visuels ont souvent été soulignées. Néanmoins, le héros de À la Recherche du temps perdu considère les images reproduites comme un instrument utilitaire destiné à nourrir la mémoire volontaire. Ce texte étudie les bruits du dehors entendus de l’intérieur, les voix-corps en contrepoint aux voix-chorales et la mémoire des sons mécaniques permettant d’accéder à la mémoire involontaire, si chère au narrateur.

 

Frank Kessler, « Changements à vue. Proust et la féerie »

Cette contribution étudie la manière dont le personnage de la fée ainsi que le spectacle de la féerie théâtrale apparaissent dans la Recherche de Proust. Évoquant non seulement le monde des contes fantastiques, mais beaucoup plus encore une réalité féerique dont les apparences peuvent changer à tout moment grâce à des artifices, la féerie devient un point de référence important pour Proust afin de décrire les caractéristiques du monde social qui l’entoure.

 

Stéphane Tralongo, « Du côté de Cythère. Le “demi-monde” des actrices de Marcel Proust »

Cette étude suggère de relier les personnages de demi-mondaines qui peuplent la Recherche à ces courtisanes que l’on surnommait au début du XXe siècle les « théâtreuses ». En suivant les trajectoires de femmes galantes, la contribution démontre une connexité entre music-hall et demi-monde que viennent appuyer les figures d’Odette et de Rachel. Une fois ces liens établis, il s’agit de saisir une hybridité entre prostitution et spectacle qui va de l’architecture des salles jusqu’aux attractions qu’on y présente.

 

Robert Lévesque, « Une heure n’est pas qu’une heure »

Cet article s’attarde sur ce soir de septembre 1908 où, dans la salle de l’ancien casino du Grand-Hôtel de Cabourg, Marcel Proust assista à une séance de projection de vues animées avec un jeune ami de dix-neuf ans, Marcel Plantevignes. Dans ses mémoires, Plantevignes se rappelle cette lettre de Proust où il évoque « ce triste soir de septembre à Cabourg ». Proust assis sur une chaise droite assistait-il à ce qu’il qualifia de « guignol cinématographique » dans une lettre à ce jeune ami qui l’accompagnait ?

 

Alain Carou, « “Cinéphobie” et “cinéphilie” dans les milieux littéraires de la Belle Époque »

Le spectacle cinématographique, à ses débuts, n’est pas uniformément livré à l’hostilité ou à l’indifférence des gens de lettres. Avant 1912, il serait très hasardeux de qualifier un écrivain de « cinéphile » ou de « cinéphobe ». Que le cinéma soit perçu comme un spectacle forain lui attire la sympathie de lettrés. C’est son accession au statut de spectacle de masse qui lui fournit ses premiers adversaires. L’article souligne les ambivalences de la notion de « vision cinématographique » invoquée par Proust.

 

Jean-Pierre Sirois-Trahan, «Le plus beau film du monde. Marcel Proust et le cinématographe »

En 1923, le critique d’art Paul Fierens, dans un hommage à l’écrivain, imagina les rapports analogues entre l’œuvre de Proust et le cinéma naissant. Cet article tente de cerner les rapports multiples entre l’écrivain et le cinématographe, des premiers temps de l’invention jusqu’à son avènement comme art pendant la Grande Guerre. À l’inverse d’idées reçues, le cinéma définit, en creux, l’un des projets de la Recherche. L’écrivain se trouve à être lui-même un personnage plongé dans l’histoire du cinéma.

 

Thomas Carrier-Lafleur et Guillaume Lavoie, « Les dispositifs retrouvés. Images et objets techniques dans Le Temps retrouvé de Raoul Ruiz »

Délaissant le temps du cinématographe pour plonger dans celui propre au cinéma baroque de Raoul Ruiz, cet article s’intéresse à l’adaptation du Temps retrouvé qu’a proposée le réalisateur chilien en 1999. Afin de faire ressortir la manière par laquelle Ruiz transpose par des moyens proprement cinématographiques l’esthétique proustienne de l’omnitemporalité, l’étude s’intéresse à l’entremêlement des différents objets et dispositifs techniques qui accompagnent les révélations de Marcel dans son parcours initiatique.

 

 

Le numéro republie des textes de Proust, André Bazin, Jacques Bourgeois, Paul Fierens, Robert de Montesquiou et Georges Sadoul, ainsi que des entrevues de Henri Bergson et d'Anatole France sur le cinématographe. Il présente également plusieurs documents, dont des images issues d’un film de famille de 1904, réalisé lors du mariage d’Armand de Guiche et Elaine Greffulhe.

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